Les Tours

d'Hébor

N° 1

16ème jour de Mama Killa,

Édito

Bonjour à tous,
      Voici Les Tours d'Hébor !
      Les vaillants scribes ont enfin terminé de tremper leurs plumes d'oie dans l'encre des Mégalomanes.
      Pour ce premier numéro, nous avons demandé à quelques personnalités Héboriennes d'intervenir ici afin qu'elles nous apportent leurs connaissances. Un premier article est consacré à la création d'Hébor, un autre traite de l'astronomie et du calendrier Héborien. Et enfin le Professeur Bellon, éminent membre de l'académie Scientifique et Naturaliste de Samora, a bien voulu nous écrire une petite chronique sur la faune et la flore.
      Nous souhaitons que « Les Tours d'Hébor » soit un lien entre nous, qu'il soit un lieu d'échanges et d'expression. Si vous voulez participer au prochain numéro, nous donner votre avis, n'hésitez plus écrivez nous.

Marie-Noëlle



Les Origines d'Hébor

par Xipe Totec, Grand Maître de l'Ordre des Prêtres du Temple Occulte d'Hébora
 

      À l'origine il y avait Tia'Math, la déesse mère, et Rapousto, le dieu des eaux douces, qui vivaient sur une sorte d'immense nuage rose, au dessus du Néant qui deviendra Hébor. D'eux naquirent de puissants dieux, Merodach, Alsilphur, Andu-Il... Ils veulent le pouvoir et n'hésitent pas à déclencher la guerre des dieux, pour éliminer le couple originel, soi-disant vieillissant.
 
      Si Rapousto se serait laissé tuer sans résistance par les armes magiques d'El-Nah, la mort de son époux bien-aimé pousse la déesse mère dans une effroyable colère. Hébor subit alors de violents orages ponctués de tempêtes, cyclones, déluges, tornades, tremblements de terre, raz de marée, pluies de météorites, éruptions volcaniques et autres fascinants cataclysmes. El-Nah se voit repoussée plus loin que le fin fond de l'Univers, d'où, pour essayer de revenir, elle s'accroche à toute matière qui passe, l'aspirant et l'entraînant dans sa chute infinie. Se retournant vers ceux qui osent la défier, Tia'Math engendre, seule, onze genres de monstres, comportant chacun pas moins de onze espèces de créatures et se choisit pour chef de guerre Kingoûl, qui deviendra aussi son époux.
 
      Seul Merodach, son fils aîné, a le coeur de combattre Tia'Math. Il lance sur elle la meute des vents, qui s'engouffre dans sa bouche et lui gonfle le ventre. Quand Tia'Math est aussi gonflée qu'une baudruche, Merodach, d'un coup de Sésar, son immense sabre, fend son corps monstrueux en deux, donnant le jour aux eaux célestes et aux eaux terrestres. La véritable création d'Hébor peut enfin avoir lieu. Merodach, croit alors façonner le monde et pacifier les dieux, en attribuant une fonction à chacun. Il est également persuadé avoir créé les étoiles, les soleils, les lunes...
En fait, Tia'Math, très calculatrice, avait prévu la traîtrise de la chair de sa chair. Aussi avait-elle tout préparé, tout prévu, sauf une chose : la mort de Rapousto. Ce qui rendit son châtiment encore plus terrible. D'une longue aiguille d'hélektraunikum, elle se recousit d'un long fil de plate, emprisonnant l'esprit de son fils indigne au sein de ses entrailles. Ainsi elle peut digérer et diriger ses pensées. En recousant son ventre Tia'Math avait rapiécé l'immense baudruche qui obscurcissait le firmament et c'est ainsi que sont réellement apparus les astres, et non pas par la volonté de son misérable fils, Merodach.
 
      Pour terminer, ce dernier incite son frère Enkimag(Dieu de la magie et de la sagesse) à fabriquer les races intelligentes pour servir les dieux. Il les anime avec le sang pur de Kingoûl, qu'il vient de tuer et celui, rendu impur par la malédiction, de Merodach qui ne cicatrisera jamais. Mort, Kingoûl ne saigne plus, d'où la rareté des elfes, doublée d'une grande fragilité. Par contre, le sang chaud et frais s'écoulant du fils félon génère l'imperfection des humains et leur nombre qui ne cesse de croître. À cette époque Hébor aurait été une immense planète, avec un unique grand continent entouré d'une incommensurable quantité d'eau.
 
      En cette période, les Dieux restants s'installent sur Hébor au sein de la cité d'Atalantolock, merveilleuse cité construite sur la mer.
      Tout va bien jusqu'à ce que Lucizébuth, le dernier fils de Tia'math, qu'elle aurait eu avec Kingoûl, mais peut être aussi de Merodach lorsqu'il lui ouvrit le ventre, réapparaisse à l'improviste au beau milieu d'Hébor. Il vivait, perclus, exclus et reclus, au fin fond de l'au-delà. S'associant à sa soeur jumelle Illapa, la déesse du tonnerre et des eaux fécondes, ils détruiront la cité d'Atalantolock dans un cataclysme mondial, fait de tremblements de terre, d'éruptions volcaniques, de raz de marée et autres joyeusetés dignes des plus grandes ires divines. Dans ce cataclysme la géographie d'Hébor sera complètement bouleversée, de nombreuses failles se créeront, découpant les terres en de nombreux continents et petites îles. Contre de telles armes, T'Wikss lui-même ne pourra rien faire. Merodach disparaîtra enseveli dans la lave d'un immense volcan sous-marin apparu sous Atalantolock, avec de nombreux autres dieux mesquins et tyranniques... Ainsi son sang continuera de nourrir la terre qui nourrit les hommes. Mais le sang des dieux mesquins s'y mélange, abreuvant la tyrannie et la cruauté de l'humanité. Certaines races, s'étant abreuvées au trop plein de cette liqueur sanguine, deviendront des êtres plus ou moins abjects. Seules à échapper à cette malédiction, car nées du rare sang d'un dieu de droiture, les races elfiques seront poursuivies par la haine des autres, parfois par pure jalousie, le plus souvent par simple cruauté.
      Et tout cela uniquement car, depuis des milliers d'années, Lucizébuth voulait se venger et punir Merodach d'avoir fait disparaître leur mère Tia'Math...
 
      Oman, fils supposé de Merodach et d'El Nah, devient le souverain des Dieux à la disparition de son père maudit... Il pardonne à Illapa sa conduite, pour deux raisons, d'abord, car pour rendre heureux les héboriens il a besoin de ses bonnes grâces, ensuite, car il éprouve une incommensurable honte à l'égard de ceux qui lui ont donné vie. Quant à Lucizébuth, honteux et penaud, il préfère retourner au creux des entrailles d'Hébor, dans la chaleur des ténèbres infernes...
 
      En ces temps oubliés, ces temps d'avant la nuit des temps, Oman aurait fait construire la cité céleste d'Hélampes par le dieu Kristo, afin de mettre les Dieux à l'abri d'une nouvelle folie de Lucizébuth... Il y fera revenir sa grand mère, la déesse mère Tia'Math, la soeur du père des chiffres, comme l'appellent certains. Il l'aurait retrouvée au fin fond de l'univers des étoiles où elle s'amusait à créer un nouveau monde, en compagnie d'un certain Râ, une divinité venue d'ailleurs...
 
      Le ventre cousu de la déesse mère reste toujours prêt à s'ouvrir, afin d'arroser le monde de cette eau indispensable à la vie. Mais elle n'a pas la délicatesse d'Illapa et les déluges s'abattent lorsque son ventre s'ouvre.
 
      Fenwick, alors un tout jeune Dieu plein de fougue, sera également mis à contribution, pour aider les héboriens rescapés de ses multiples talents... Alors la véritable histoire d'Hébor pouvait enfin commencer. Alors Hébora, l'arrière arrière petite fille de Tia'Math, vint sur Hébor en messagère pour nous conter les aventures de ses pères et tenter de former la sagesse des hommes.

 
 

Les Astres et Le calendrier d'Hébor

Par Camelopardus (Astronome et Historien auprès du Grand Conseil des Villes)
 

      Les héboriens peuvent se dorer au soleil d'Inti, qui ne serait qu'une étoile normale, tandis qu'un nombre important de nuits leur sont enlevées par la présence d'un petit soleil vert tournant sur une orbite extérieure. Pour comble, rares sont les nuits vraiment obscures: en effet trois lunes de tailles diverses réfléchissent quasi constamment la lumière de l'un des deux soleils.
      Tout ceci concourt à ce que les journées approchent une durée équivalente tout au long des ans. Les saisons, très peu marquées, y sont quasi inexistantes, mais le climat conserve cependant une prédominance tempérée, à l'exception du plein équateur, plutôt désertique, et des pôles, évidemment glaciaires.
 
      Une année est constituée de 10 mois. Le mois s'étale sur 32 jours et correspond étrangement au temps que met la lune Mama Killa pour faire le tour d'Hébor. Mama killa est la lune la plus proche d'Hébor. Les mois sont découpés en 4 semaines de 8 jours. Chaque mois est dédié à un Dieu. Ainsi le premier mois de l'année sera Inti, honorant le Dieu Soleil. De même, Mama Killa le dernier mois de l'année est consacré à la déesse du temps. C'est elle qui est chargée d'en vérifier le bon écoulement.
 
      Chaque premier jour d'un mois donne généralement lieu à des fêtes pour honorer le Dieu du mois. Mais aucune n'a la même force ni le même impact que celle d'Inti qui célèbre également le premier jour de l'année. C'est une grande fête religieuse et païenne. Ce jour-là, on honore Inti pour ses bienfaits, pour la chaleur et la lumière qu'il octroie généreusement. Mais on fête aussi l'année qu'on enterre et la nouvelle année, porteuse de tous les espoirs.
      Sur la plupart des continents, ce sera au moins une journée de liesse où chacun oubliera ses soucis. Pourtant cette fête passe carrément inaperçue au sein de populations à forte densité de words, de nains gris ou de nains d'égouts. Ne parlons même pas des Morts-Vivants, pour qui cette stupide fête relève purement de l'aberration !
 
      Les fêtes d'Inti sont une des plus vieilles fêtes d'Hébor. Certains ouvrages relatent ces fêtes dès l'époque des Elfes Blancs. En effet, elles sont liées à un phénomène astronomique d'importance. Les trois lunes tournant autour d'Hébor, le font à des vitesses différentes. Pendant le mois de Mama Killa, les 3 lunes se rapprochent les unes des autres, paraissant se placer côte à côte. Jusqu'à ce que le dernier jour du mois, elles soient alignées et cachent le soleil une bonne partie de la journée. Et, dès le lendemain, Inti force le passage et chasse les lunes. Nous sommes alors le premier jour de la nouvelle année et du mois d'Inti. Gloire à son Nom. Lumineuse soit sa Lumière.

 

RÉFÉRENCES


Extrait d'"Au Coeur du Monde d'Hébor"
la célèbre encyclopédie copiée et mise en page par les soeurs copistes Lablonde et Granroberts.
 
Kilgecha:(se prononce kilguêcha) Continent de taille moyenne, dont la civilisation serait antérieure à la disparition des Elfes Blancs. Le Kilgecha comprendrait aujourd'hui quatre pays de superficies très diverses : l'immense et fort désertique mais fascinant Assamharaa, le fertile et prospère Fastzeychadoo, le sanglant royaume d'Horrywanth et, sur la foi du témoignage des quelques voyageurs qui en seraient revenus, le minuscule et mystérieux Thébetlamd, niché au coeur des montagnes.


 

Chroniques authentiques de la flore et de la faune

par le professeur Bellon, honorable membre de l'Académie Scientifique et Naturaliste de Samora.
 

      Et la plante fit don de son corps à la science des êtres dits intelligents. Don pour le moins étrange et rejoignant, dans son concept édulcoré, celui que firent de leur terre et de leur sang, les hommes de bronze dans les males années 1560-1720 au Nord du Tébaith, aux blancs avides venus du Nord. C'est la nécessité que l'homme a d'elles qui inventa les qualités apothicaires de la plante.
 
      La vie végétale s'invente dans le silence d'Hébor. Telles des reptiles engourdis, s'y replient l'Énergie Vitale, la primale source de toute vie et l'essence de l'être. Ainsi, dans le sommeil du minéral, s'alchimisent les forces du vivant.
 
      En l'incommensurable diversité de ses sols, terres, terroirs, terrains et rivages, mère Nature porte l'infinie variété de spores, de germes et de graines patientes, de racines léthargiques, de fibres et textures végétales reposant dans un sommeil de bois.
 
      Les terres d'Hébor portent en leur sein même les structures complexes et les coloris nuancés qui en surgiront, guidés par les forces naturelles. Sous les rayons solaires s'affirment les pigments des roches, les ocres des terres, les roses ambrés des sables, les oranges ou les verts des vieux métaux et le vernis scintillant de la rosée. Et tout ceci se modèle et se moule dans le lent, ou parfois brutal, mouvement de reptation de notre monde. En effet, une vieille croyance traditionnelle chez les quadrumans veut que notre monde soit vivant. Et qu'il ne soit pas le seul, nous le croyons aussi, même si cela permet à certains de nous traiter d'imbéciles ignares ou de mécréants vaniteux.
 
      Mère Nature accumula, dans son infinie sagesse, une mémoire plurimillénaire d'humus, de terreau et matières humifères, d'êtres minuscules ou gigantesques figés dans le minéral et d'oilles, matières organiques et charbonneuses.
 
      L'être intelligent ne doit donc ni piller, ni gaspiller ni même déprécier ce riche patrimoine que des générations entières d'aïeux bienveillants ont su préserver pour leur descendance. En effet, il est d'une certaine naïveté de croire en la sagesse infinie de l'être humain. J'ai eu l'occasion d'admirer ces derniers mettre le feu aux récoltes qu'ils avaient été incapables de ramasser, afin que nul autre n'en profite. Il était de mon devoir de soumettre ces tristes événements à la sagacité de votre méditation, chère lectrice, cher lecteur. En espérant cordialement que vous oserez en tirer les conclusions qui s'imposent...